Quel avenir pour les relations entre la Centrafrique et le Tchad ?


Depuis le 31 mai et le début des émeutes au Kilomètre 5 (quartier de Bangui composé pour une partie de populations d’origine tchadienne), les relations diplomatiques entre la République Centrafricaine et le Tchad se sont quelque peu refroidies. En effet, les autorités tchadiennes se sont évertuées à rendre responsable le gouvernement centrafricain des pogroms qui ont agités la capitale de l’ancien Oubangui-Chari la semaine dernière et qui ont fait sept morts. Dans une vision sensiblement manichéenne des événements, l’entourage d’Idriss Déby Itno aurait réduit la crise du Kilomètre 5 à un déferlement de haine des chrétiens envers les musulmans. Si cette assertion n’est pas totalement dénuée de vérité, il convient néanmoins de considérer l’attitude de Tchad vis-à-vis de son voisin comme légèrement déplacée.

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Effectivement, l’envoi immédiat d’une délégation tchadienne (conduite par le Ministre de la Défense Bichara Issa Djadallah) à Bangui a suscité bien des remous. La raison essentielle en est qu’elle a su imposer au gouvernement centrafricain un accord de principe sur l’indemnisation des victimes tchadiennes des dernières émeutes, à hauteur de 1 million de Francs CFA (1500 euros) par famille. Si cette demande peut se révéler dans une certaine mesure légitime, il serait non dénué d’esprit qu’elle soit réciproque. Par exemple, le gouvernement tchadien se devrait d’indemniser la République Centrafricaine pour la présence de rebelles tchadiens sur son sol et les dommages qu’ils y ont commis. Pourtant, jusqu’à ce jour, aucun effort n’a été constatée du côté de la partie tchadienne.

 

Mais au-delà des événements du 31 mai dernier, c’est la question de la qualité des relations tchado-centrafricaines qui se pose véritablement. Au firmament lors du sursaut patriotique du 15 mars 2003 (c’est depuis le Tchad que sont partis les libérateurs de François Bozizé), elles ont connu des hauts et des bas depuis. Pourtant, une entente cordiale entre le Tchad et la République Centrafricaine se trouve être une des conditions sine qua non pour la stabilité dans la sous-région. Leur frontière commune est en effet le théâtre de la migration incessante de groupement armés non-conventionnels aux objectifs les plus divers. Pour lutter contre ce fléau, une coopération de tous les instants entre les deux gouvernements s’avère on-ne-peut-plus impérative. C’est à la poursuite de cette visée que s’est tenu il y a deux semaines le sommet tripartite de Khartoum (Soudan), où étaient réunis Idriss Déby Itno, François Bozizé et Omar El-Béchir. Depuis, et ce malgré l’éphémère tension entre le pays des Sao et la RCA, nul n’oserait remettre en cause les avancées majeures obtenues dans la capitale soudanaise en terme de coopération sécuritaire. La délégation tchadienne présente il y a quelques jours aurait même envisagé avec le Président Bozizé l’exhumation et la remise sur pied de la Grande Commission Tchad-RCA. Cette commission aurait pour but l’assainissement des zones frontalières de toute présence rebelle et la relance d’une coopération économique en berne, notamment en matière d’élevage ou de coton.

 

Pourtant, une dernière question se pose, lancinante mais ô combien essentielle. Elle concerne la bonne cohabitation des communautés tchadiennes et centrafricaines au sein même de la capitale Bangui. Comment faire pour que les dramatiques incidents du 31 mai n’aient pas à se répéter ? Comment faire pour qu’un sordide fait divers, à savoir le meurtre du deux jeunes enfants, ne débouche sur une éruption de violences interconfessionnelles ? C’est toute la question, et il incombe désormais aux deux communautés ainsi qu’au gouvernement centrafricain d’y apporter une réponse. Sans doute que chaque communauté se devra d’effectuer un pas vers l’autre, acceptant ainsi une culture et une manière de vivre différente de la sienne. Sans doute que d’aucuns devront annihiler ce fâcheux amalgame qui consiste à mélanger « musulmans » et « tchadiens » (rappelons qu’un bon tiers de la population tchadienne est de confession chrétienne). Au cours de l’Histoire, la peur et le rejet de l’autre n’ont conduit qu’à la guerre et à la destruction. Espérons tout ingénument que nos deux peuples se montreront assez matures pour ne pas répéter cette fatale erreur.

 

Robert Wali

Rédaction Centrafrique En Ligne

 

PUBLIÉ DANS : EDITORIAL
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