Anicet Georges Dologuélé: «vous avez vu, je suis à la maison»


L’ancien Premier ministre centrafricain est de retour à Bangui après plusieurs mois de replis en France

A 56 ans, ce diplômé d’économie de l’université de Bordeaux en France annonce la création en cours de son propre parti, l’Union pour le renouveau en Centrafrique (Urca), en vue de sa participation à la prochaine élection présidentielle prévue au terme de dix-huit mois de transition après la prise du pouvoir le 24 mars de l’ex-chef rebelle Michel Djotodia, actuel président par intérim. Dans un entretien l’ex-président de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BEAC, basée à Brazzaville au Congo) Anicet Georges Dologuélé salue une prise de conscience mondiale sur la crise.

Pourquoi votre retour en République centrafricaine en ce moment?
Parce que c’est chez moi. C’est mon pays. Vous avez vu, je suis à la maison. J’étais parti au mois de mars en France pour un certain nombre de raisons professionnelles, personnelles, et quand il y a eu l’arrivée de la Séléka avec tout ce qui se passait, j’ai pensé qu’il était important que je fasse beaucoup de sensibilisation à partir de l’Europe pour que la République centrafricaine ne soit pas oubliée. Parce que souvenez- vous, maintenant tout le monde en parle. Pendant deux-trois mois, on avait l’impression que cette crise n’intéressait personne. Je fais partie de ceux qui parcouraient les bureaux ou des hommes politiques pour les sensibiliser sur le fait que un Centrafricain qui meurt, c’est la même chose qu’un Malien ou un Syrien qui meurt. Je suis content aujourd’hui qu’il y ait une prise de conscience au niveau mondial de la crise centrafricaine. Aujourd’hui je rentre parce que je pense que, un, c’est le moment de rentrer, deux, j’avais envie d’être chez moi, et puis trois, je pense qu’il faut qu’on soit un certain nombre à animer la vie politique centrafricaine et qu’elle ne soit pas que rythmée par la violence.

Combien de temps a duré votre séjour à l’extérieur?
Elle a duré douze ans, mon séjour à l’extérieur. J’ai pris la décision de rentrer en Centrafrique au mois de septembre 2012 et je suis reparti en mars. En fait, quand je suis arrivé, je n’y passé que quelques mois, le temps de m’installer et puis je suis reparti parce que j’avais des contrats en France pour lesquels je devais être opérationnel.

Que répondriez-vous à ceux qui vous diraient que face à la crise, vous avez préféré fuir pour vous mettre à l’abri, pendant que d’autres sont restés sur place?
C’est leur point de vue. Je ne veux pas commenter des points de vue. L’essentiel est que je sois là. L’essentiel est que je participe à la vie nationale. Maintenant, chacun peut avoir son point de vue.

Vous annoncez la création d’un parti politique, à savoir l’Union pour le renouveau en Centrafrique. Que propose votre formation aux Centrafricains aujourd’hui?
Déjà, le parti est en création. Ça veut dire qu’il y a une Assemblée constituante qui va se réunir. Il y a des discussions qui vont avoir lieu sur le projet de philosophie du parti. Donc, ce serait prétentieux de ma part de dire que le parti va faire ça, ça, ça, parce que je ne suis qu’un individu ; un parti, c’est un groupe d’individus. Donc, il faut qu’il y ait cette Assemblée constituante, que les membres fondateurs disent quelle est la philosophie du parti et qu’on ait une ébauche du projet de société qu’on va proposer aux Centrafricains en termes de nouvelle offre politique.

Vous avez d’ores et déjà annoncé votre candidature à la prochaine élection présidentielle…
Oui, c’est normal. Quand vous prenez le Parti socialiste [français], avant l’élection de Hollande, il y avait plusieurs personnes qui avaient annoncé leur intention d’être candidats. Au final, au sein du parti il n’y a eu qu’un seul candidat. Pareil au niveau de la droite française. Pareil aux Etats-Unis quand il y aura une élection dans trois ans, il y a déjà un certain de personnes qui annoncent leur intention d’être candidats. C’est normal. Je pense que ce qui n’est pas normal, c’est attendre le dernier moment et puis de porter le chapeau, en disant : moi, je suis le plus beau, le plus fort, je veux être candidat. Il faut s’y prendre assez tôt, parce que les électeurs, il les respecter, il faut les conquérir, il faut leur faire la cour, il faut expliquer ce qu’on veut faire pour le pays. Donc, j’ai annoncé que j’avais l’intention de briguer la candidature présidentielle. C’est une annonce citoyenne. C’est très curieux que cela soit vu autrement. Je n’ai pas annoncé que j’allais prendre une armée pour venir faire quoi que ce soit. J’ai annoncé que j’allais participer à des élections qui pourraient être organisées.

Si vous rentrez maintenant, est-ce que vous estimez que la situation sécuritaire s’est améliorée?
Je n’étais pas en train d’attendre qu’elle s’améliore avant de rentrer. J’étais en train d’attendre que les choses que j’avais à faire aboutissent avant de rentrer. Donc, ce n’est pas lié à la situation sécuritaire du pays. Si je n’avais pas eu de contrainte ailleurs, j’aurais pu rester ici pendant tout ce temps, comme les autres Centrafricains.

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